Radiographie de la vie consacrée

Allocution de Son Excellence Monseigneur José Rodríguez Carballo, O.F.M., Archevêque Secrétaire de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique pour la Conférence des Religieux et Religieuses en Belgique (COREB) et la Unie van de Religieuzen van Vlaanderen ( URV – Union des Religieux de Flandres) les 4 et 5 novembre 2014

 

 

 

Radiographie de la vie consacrée actuelle

et perspectives pour son avenir

 

 

Il n’est pas facile de s’approcher de la réalité actuelle de la vie consacrée sans tomber dans un certain subjectivisme. En effet, le diagnostic que l’on fait de la vie consacrée en ce moment actuel va d’une vision exagérément positive, qui ne voit aucun problème, à une vision catastrophique, qui ne prend en compte que les éléments négatifs, qui certes s’y trouvent. La première approche court le risque de ne pas tenir compte des problèmes que traversent actuellement la vie consacrée. La seconde, celui de ne pas voir l’œuvre de l’Esprit, qui continue à souffler généreusement sur les consacrés et, à travers eux, sur la vie de l’Eglise.

 

Comme en toute réalité ecclésiale, il y a dans la vie consacrée lumières et ombres, signes de vie et signes de mort, sainteté et péché (cf. VC 13). Examinons sommairement les lumières et les ombres dans la Vie consacrée d’aujourd’hui, ce qui nous attriste, ce qui nous préoccupe et aussi ce qui nous réjouit et ce qui nous pousse pour une vie consacrée qui, comme le demande le Pape François, soit capable de réveiller le monde. Je m’approche de cette réalité à partir de ma connaissance de la vie consacrée, connaissance approfondie au cours de cette année et demi de travail au Dicastère, grâce à l’analyse des documents qui nous parviennent et au dialogue permanent avec la réalité de la vie consacrée à travers les rencontres avec les consacrés et spécialement les Supérieur(e)s généraux et générales.

 

Il est encore moins facile de déchiffrer l’avenir de la Vie consacrée. Celui-ci ne se trouve pas ici ou là, mais dans les mains de Dieu. En tout cas, sans prétendre voir clair dans ce que l’Esprit est en train de faire naître dans la Vie consacrée, en tenant compte de ce qui germe déjà au milieu de nous, en même temps que les autres réalités qui meurent, nous pouvons déjà identifier certains éléments de nouveauté et d’avenir.

 

Ce n’est donc pas sans quelque crainte et tremblement que nous tenterons de décrire l’aujourd’hui et le demain – qui, souvent, est déjà aujourd’hui – de la vie consacrée.

 

Ce qui nous attriste

 

← Une vie consacrée auto-référentielle, repliée sur elle-même, davantage préoccupée par sa propre survie que par la mission d’annoncer la Bonne Nouvelle « à ceux qui sont proches et à ceux qui sont loin ».

 

← Une vie consacrée davantage en recherche du nombre que du sens évangélique, des œuvres à préserver que de la prophétie qui ne devrait jamais lui manquer.

 

← Une vie consacrée plus intéressée à préserver les habitudes sécurisantes – « on a toujours fait comme ça » - qu’à se diriger vers les frontières existentielles d’aujourd’hui.

 

← Une vie consacrée tenaillée par une « anémie spirituelle », préoccupante parce qu’elle conduit à s’installer dans la médiocrité et l’empêche de vivre le présent avec passion et de regarder vers l’avenir avec espérance.

 

← Une vie consacrée dominée par l’acédie : « un désenchantement chronique, une paresse qui assèche l’âme » (EG 277), qui « paralyse » toute tentative de « fidélité créative » (cf. EG 81), qui produit une fatigue tendue, pénible, insatisfaite (cf. EG 82), qui domine le rythme de la vie par l’anxiété des résultats immédiats, qui n’accepte pas la contradiction, l’échec, la critique, la croix (cf. EG 82).

 

← Une vie consacrée sans mystique, démotivée, enlisée dans l’ennui et l’habitude ; une vie consacrée qui produit des « vies diminuées de moitié », asphyxiées par l’inertie d’un ordre immuable, par le poids des traditions qu’on ne remet pas en discussion ; des vies qui ne vivent plus, parce qu’elles sont assujetties au fonctionnement des institutions.

 

← Une vie consacrée plus professionnelle que témoin du Dieu de la vie, qui suscite la passion, l’espérance et la joie, qui suscite attraction forte, grâce et sympathie, qui interpelle, attire et séduit.

 

Ce qui nous préoccupe

 

Sans chercher des coupables, mais sans non plus fermer les yeux sur la réalité, nous devons reconnaître, dans la vie consacrée, des symptômes qui nous préoccupent parce qu’ils cachent la beauté de la suite du Christ. Si nous signalons ces symptômes, ce n’est pas par complexe de culpabilité mais simplement pour chercher à les dépasser.

 

Ce qui nous préoccupe :

 

↓ La fragilité que l’on note dans certains instituts. Cette fragilité se manifeste de différentes façons : les absences de la maison religieuse[1], les exclaustrations[2], les renvois[3], les recours continuels au Dicastère ou au Tribunal de la Signature Apostolique, le manque de changement dans les charges de gouvernement, comme on le voit spécialement chez les moniales de clôture, où la postulation de l’abbesse devient une pratique bien trop fréquente[4]. La fragilité se repère aussi dans les demandes de fusions, d’unions et de suppressions d’Instituts religieux[5].

 

↓ Le décalage entre la législation et les possibilités réelles d’un Institut. Ce décalage se voit dans les nombreuses demandes de dispenses du droit propre[6]. Je pense qu’il serait bon de simplifier les Constitutions. Beaucoup de choses qui y sont pourraient passer dans les Statuts et Règlements qui ne demandent pas l’intervention du Saint-Siège. La « sanatio » n’est pas rare, surtout par rapport au noviciat, ce qui démontre la non connaissance du Droit, aussi bien propre qu’universel.

 

↓ Le nombre important, chaque année, d’abandons de la vie consacrée[7] et le manque de relève générationnelle, en raison desquels de nombreux Instituts sont destinés à disparaître à brève échéance ou appelés à s’unir à d’autres ayant un charisme similaire.

 

↓ Le nombre élevé d’Instituts sujets à un commissariat[8] et les nombreuses Visites apostoliques[9], en raison principalement de quatre types de situations douloureuses et même parfois scandaleuses : les problèmes affectifs, parfois dans le chef des fondateurs eux-mêmes[10] ; la formation, qui est parfois anticonciliaire ; la gestion économique peu transparente, dans laquelle l’argent « gouverne au lieu de servir » (cf. EG 57-58)[11] ; l’autoritarisme dans l’exercice de l’autorité.

 

↓ La gestion économique inadéquate dans certains Instituts et, chez d’autres, le manque de transparence dans l’économie. En ce moment, la gestion des biens est un problème sérieux dans plusieurs Instituts. Dans certains cas, c’est parce qu’ils ont accumulé trop d’argent. Dans d’autres, parce que la gestion inadéquate des biens a porté l’Institut à une situation déficitaire difficile à gérer. Souvent, cela est causé par une gestion des biens trop personnaliste, soit par les Supérieurs majeurs soit par les Economes.

 

↓ L’exercice inadéquat du service de l’autorité dans certains Instituts, qui conduit à s’agripper au pouvoir et à une « politique » qui, trop souvent, a à voir avec l’Evangile mais beaucoup avec la « logique du monde ». Le nombre de Supérieurs qui cherchent à rester aux postes décisionnels augmente et les cas d’autoritarisme ne sont pas rares.

 

↓ La « mondanité » qui apparaît dans de nombreux consacrés et que l’on voit dans un « style de vie » éloigné de l’esprit du Fondateur ou de la Fondatrice. Nous ne pouvons taire un certain « embourgeoisement », une certaine « installation » de quelques consacrés, qui obscurcissent le visage de la vie consacrée.

 

↓ Un activisme aliénant qui est loin de favoriser la créativité, et même qui relativise la vie fraternelle en communauté, la vie de prière et l’idée même de consécration. Un tel activisme conduit souvent à un affaiblissement de la motivation, alimenté par la frustration, la rancœur, la désillusion, l’indifférence.

 

↓ La recherche de l’autoréalisation, qui ne tient pas compte des exigences de la vie fraternelle en communauté ni de celles du Royaume de Dieu, et qui exprime un individualisme envahissant qui évalue tout à partir d’un point de vue qui se prend pour seule référence.

 

Ce qui nous réjouit

 

Cette période qui nous sépare du Concile, période « délicate et difficile » sans aucun doute, « marquée par des tensions et des épreuves », fut également une période riche d’espérance, avec une abondance de projets profondément marqués par l’Evangile, dans lesquels un grand nombre de consacrés, probablement la grande majorité, se sont engagés « avec un nouvel élan » en un profond renouveau spirituel et apostolique, dont le fruit est une vie consacrée « renouvelée et renforcée » (cf. VC 13).

 

Pour tout cela, nous faisons mémoire avec reconnaissance de cette période (cf. NMI 1), et nous nous réjouissons pour :

 

→ La cohérence de la majorité des consacrés qui sont en train de faire un effort sérieux pour incarner la vie consacrée dans le présent, en choisissant clairement d’aller vers les différentes périphéries existentielles.

 

→ La naissance de nouvelles formes de vie consacrée, qui montre que cette forme de suite du Christ se renouvelle toujours[12].

 

→ Une vie consacrée fécondée par une vive spiritualité de communion qui conduit à s’ouvrir à l’ « autre », à celui qui est différent, autant au sein de la vie consacrée elle-même, que dans l’Eglise et au dehors de celle-ci. Ce qui donne une spiritualité incarnée, qui se transforme en prophétie, une spiritualité holistique qui, tenant les yeux et le cœur fixés sur le Seigneur, ne méprise rien qui soit propre à l’homme et à la femme créés à Son image et à Sa ressemblance.

 

→ Une vie consacrée animée par un intense désir de plus grande radicalité charismatique et par une fidélité créatrice passionnée.

 

→ Une vie consacrée qui veut offrir une formation ajustée au moment actuel et qui prépare à lire les signes des temps : une formation intégrale, permanente, accompagnée …

 

→ Une vie consacrée qui donne la priorité à la personne et qui tend à simplifier les structures, en les mettant au service des personnes, du charisme et de la mission propre à chaque institut, sans rester ancré dans la nostalgie des structures et habitudes qui ne sont plus porteuses de vie dans le monde actuel (cf. EG 108) et ne sont plus des canaux appropriés pour transmettre le charisme propre d’un Institut.

→ Une vie consacrée qui regarde le monde non comme un danger ou une menace, mais comme son propre « cloître » et son champ pour la mission. Une vie consacrée qui pose sur ce monde un regard ouvert au dialogue et à l’inculturation.

 

→ Une vie consacrée qui a un sens clair de l’ecclésialité, sans renoncer à son caractère prophétique et à un esprit critique sain à l’intérieur de l’Eglise.

 

Ce qui nous stimule

 

Il n’est permis ni à la vie consacrée ni à l’Eglise de s’atrophier, de se paralyser, d’ignorer le monde dans lequel elles doivent servir. Nous sommes en train de vivre un changement historique de paradigme. Les hommes et les femmes d’aujourd’hui ne se comprennent plus de la même façon, ils ne perçoivent plus leurs relations avec le groupe et avec la transcendance comme autrefois. Dans ce contexte, la vie consacrée a devant elle un grand défi : chercher un « visage historique » plus significatif pour l’homme d’aujourd’hui. Mais elle doit éviter deux tentations qui, bien qu’elles semblent contradictoires, sont pareillement dangereuses. Soit se cramponner au passé, en regrettant avec nostalgie quelque chose qui ne reviendra pas. Soit accueillir la première nouveauté venue, sans discerner si celle-ci nous pousse dans la direction de l’Esprit qui « souffle où il veut » (cf. Jn 3, 8). Les consacrés ne peuvent être ni nostalgiques ni aventuriers, ils sont des hommes et des femmes qui se laissent constamment régénérer par le souffle de l’Esprit.

 

C’est l’Esprit qui nous presse à :

 

↑ Une vie consacrée qui se sente en chemin, centrée sur le Seigneur, et qui soit signe du transcendant ; concentrée sur les éléments essentiels de son identité : consécration, vie fraternelle en communauté, mission ; et décentrée, capable d’aller vers les périphéries.

 

↑ Une vie consacrée assoiffée de Dieu, animée par la recherche constante d’un Dieu qui se laisse rencontrer et nous implique dans sa présence au monde. Une vie consacrée forte d’une spiritualité unifiée, en tension dynamique et participative. Une vie consacrée disposée à se laisser refaire, re-créer par Dieu, comme « l’argile dans les mains du potier » (cf. Jr 18, 1-6). Une vie consacrée mystique, contemplative, qui sache voir la grandeur sacrée du prochain et découvrir la présence de Dieu en chaque personne humaine. Une vie consacrée qui sache s’ouvrir à l’amour de Dieu. Une vie consacrée soutenue par une foi partagée et approfondie.

 

↑ Une vie consacrée assoiffée de vie fraternelle en communauté et du désir de la re-créer, en la rendant toujours plus lisible pour l’homme et la femme d’aujourd’hui. Une vie fraternelle en communauté animée par le dialogue et le discernement fraternels, qui facilite les processus de co-responsabilité et de participation partagée entre tous les membres. Une vie fraternelle en communauté qui soit école d’humanité et de vie chrétienne authentique. Une vie fraternelle en communauté caractérisée par une saine autonomie personnelle en communion fraternelle. Une vie fraternelle en communauté dans laquelle on accepte la diversité comme un don de l’Esprit (cf. EG 131), aussi difficile puisse-t-elle être. Une vie fraternelle en communauté qui construise des liens solides et non seulement utiles et productifs. Une vie fraternelle en communauté soutenue par la loi de la communion.

 

↑ Une vie consacrée qui accepte de prendre l’initiative (cf. EG 24) : d’ouvrir des chemins, suivre de nouvelles routes, reconnaître les possibilités et pas seulement les problèmes. Une vie consacrée qui parle, par signes et paroles, de la seigneurie de Dieu dans l’histoire de chaque homme et de chaque femme.

 

↑ Une vie consacrée « en sortie », qui sait où elle va (cf. EG 46). Une vie consacrée « samaritaine », qui s’arrête pour répondre aux urgences missionnaires du moment actuel et qui sache re-calculer et re-programmer ses activités à partir de ces urgences. Une vie consacrée capable de laisser les 99 brebis et d’aller à la recherche de celle qui est perdue (cf. Lc 15, 3-7), de balayer toute la maison pour trouver la drachme perdue (cf. Lc 15, 8-10) ; une vie consacrée qui tienne toujours les « portes ouvertes » pour accueillir sans condition (cf. EG 46. 47).

 

↑ Une vie consacrée qui appelle, rappelle et annonce, en faisant ressortir les valeurs de l’Evangile et en protégeant l’originalité évangélique de la vie fraternelle en communauté comme signe prophétique contre-culturel qui évoque le Royaume.

 

↑ Une vie consacrée qui ne se laisse pas voler l’espérance (cf. EG 86), qui ne se laisse pas voler la gratuité, qui ne se laisse pas voler la communauté et l’idéal de l’amour fraternel (cf. EG 92, 101), qui ne se laisse pas voler la jeunesse, qui ne se laisse pas voler l’enthousiasme, la force missionnaire et la joie d’évangéliser (cf. EG 80. 83. 109), qui ne se laisse pas voler l’Esprit Saint, qui ne se laisse pas voler l’Evangile (cf. EG 97).

 

↑ Une vie consacrée consciente des nombreux défis qu’elle doit affronter et qu’elle affronte avec réalisme, mais aussi avec joie, audace, don confiant d’elle-même. Une vie consacrée qui ne se résolve pas à être un musée qu’on admire mais dans lequel personne ne veut vivre. Une vie consacrée consciente d’être appelée à apporter une réponse aux « signes des temps » dans lesquels parle l’Esprit Saint, qui l’interpelle sans cesse.

 

 

 

La Vie consacrée a-t-elle un avenir ?

 

Telle est la question que beaucoup se posent aujourd’hui.

Je cite, parce que je la partage complètement, les paroles du Pape Benoît XVI aux Evêques du Brésil : « (…) la vie consacrée comme telle tire son origine du Seigneur lui-même, qui a choisi pour lui cette forme de vie virginale, pauvre et obéissante. C’est pour cela que la vie consacrée ne pourra jamais manquer ni mourir dans l’Eglise » (5 novembre 2010).

 

Oui, il y a un avenir pour la vie consacrée ! Même si certaines formes de vie consacrée, anachroniques, obsolètes, antiques, qui disent peu ou rien à l’homme et la femme d’aujourd’hui, ne resteront pas, bien qu’elles puissent donner l’apparence d’un certain succès pour ce qu’elles comportent de sécurité et de pouvoir. Mais la vie consacrée a un avenir dans la mesure dans laquelle elle se fait messagère de témoignage et de sens, dans la mesure où elle donne réponse aux « signes des temps » et sait découvrir, avec « fidélité créatrice » les racines des différents charismes et sait les relire dans l’humus de la culture actuelle. L’avenir de la vie consacrée, qui est dans les mains de Dieu, dépend aussi en grande partie de la capacité de la renouveler, de la re-créer, d’en redécouvrir le fondement.

 

Ceci implique :

 

↕ que la vie consacrée soit une prophétie vivante par l’expérience de ces valeurs du Royaume qui, sans être l’apanage de la vie consacrée, devraient être accentuées par elle d’une façon qui provoque : la recherche passionnée de Dieu, l’amour gratuit et sans frontière, le partage solidaire et en communion, une vie simple, modeste et joyeuse, la fraternité chaleureuse qui accueille, soutient, stimule, pardonne … Que la vie consacrée partage la mission de Jésus Christ, qui appelle à travailler à sa vigne au service du Peuple de Dieu qui chemine, lutte, souffre et espère, en une obéissance inconditionnelle à l’Esprit qui crée, recrée et renouvelle toute chose.

 

↕ que la vie consacrée sache vivre un style alternatif et contre-culturel, qui n’altère pas sa fonction prophétique, n’obscurcisse pas son caractère symbolique, ne perde pas sa force eschatologique.

 

↕ que la vie consacrée affronte avec audace cette période «  délicate et difficile » comme un kairòs de purification et une occasion propice pour retourner à l’essentiel, de façon à ce que la crise par laquelle nous passons soit une crise qui la retrempe et dont elle sorte renforcée dans sa dimension mystique et prophétique. Une vie consacrée qui favorise une expérience attirante et fondatrice du Dieu incarné, la rencontre face à face avec Dieu (cf. Ex 34, 29) (dimension mystique) et travaille inlassablement à la promotion intégrale de la personne humaine, en annonçant le rêve de Dieu et en dénonçant les rêves inhumains de tant d’hommes sur l’homme (dimension prophétique). Une vie consacrée qui sente et transmette la passion pour Dieu comme la passion pour l’homme.

 

↕ Une vie consacrée vécue avec radicalité et sans vedette, en communion et complémentarité, avec ouverture et disponibilité, sans crainte ni rigidité, ouverte à l’Esprit qui « souffle où il veut » ( Jn 3, 8), change les cœurs, nous libère de nos peurs, de nos frustrations, de nos déceptions, qui nous pousse vers les autres et nous conduit à une unité étroite entre être et agir, entre ce qui est personnel et ce qui est communautaire.

 

↕ Une vie consacrée qui soit témoin de Jésus Christ par une vie de pauvreté qui n’ait pas besoin de beaucoup d’explications, vécue sur le mode de la solidarité, de la communion et de la justice, sur le mode d’une vie simple et modeste. Par un célibat pour le Royaume qui nous rende affectueux et proches, mais sans attachement, intégrés, harmonieux, disponibles et joyeux. Par une obéissance qui présente une nouvelle alternative pour vivre la liberté et nous rende par conséquent plus libres, responsables et adultes. Par une vie fraternelle en communauté humaine et humanisante. Par une mission courageuse et audacieuse en faveur de tout homme, spécialement de ceux que la culture considère comme des déchets humains. Somme toute, par une vie plongée dans l’Esprit de Dieu.

 

↕ Une vie consacrée, enfin, qui prenne soin de la qualité évangélique de la vie des consacrés, sans jamais céder à la tentation du chiffre et de l’efficacité (CdC 18).

 

Conclusion

 

On peut avoir l’impression que la Curie romaine est loin de nous, qu’elle ignore les problèmes du terrain, qu’elle est très occupée à préserver des coutumes antiques et solennelles. On ne sait pas toujours à quoi peut bien servir un Dicastère pour la vie consacrée, si ce n’est à mettre des cachets sur des Constitutions ou à donner des dispenses pour des choses qui semblent formelles.

Ce que je souhaite vous dire et vous transmettre, en venant ici, c’est que le Dicastère où j’ai été appelé à servir, travaille pour vous. Il travaille pour la vie consacrée, il est à son service, comme il est au service de l’Eglise et du Seigneur. Notre plus grand désir est le même que le vôtre : suivre le Christ et Le servir, l’aimer et le faire aimer.

C’est pourquoi je souhaite que nous soyons plus proches, que nous trouvions les moyens de mieux communiquer pour vivre ensemble et nous réjouir ensemble de la beauté de la vie chrétienne et que cette beauté rayonne et soit une consolation pour le monde d’aujourd’hui.

Les premiers mots prononcés officiellement en préparation à l’Année de la Vie consacrée sont : « Réjouissez-vous ! » Réjouissons-nous donc de la Beauté et de la Bonté de Dieu !



[1] Entre 2008 et 2013, le Dicastère a autorisé 761 cas d’absence de la maison religieuse.

[2] Toujours entre 2008 et 2013, il y a eu 1.402 exclaustrations, dont 72 ont été imposées.

[3] Entre 2008 et 2013, notre Dicastère a confirmé 1.075 décrets de renvoi.

[4] Le Dicastère approuve sans difficulté jusqu’à la quatrième postulation. A partir de la sixième, il nomme l’abbesse. Dans d’autres circonstances, il impose une abbesse d’un autre monastère.

[5] Entre 2008 et 2013, le Dicastère a accompagné 1 union, 22 fusions et 3 suppressions d’Instituts religieux.

[6] Toujours entre 2008 et 2013, on a compté 1.073 dispenses, dont la plus grande partie concerne les règles du noviciat ou de la profession temporaire ou perpétuelle. Il faut encore y ajouter 28 dispenses de l’empêchement du lien matrimonial.

[7] Le nombre total d’abandons de la vie consacrée est environ de 3.000 par an, en comptant les cas qui passent par notre Congrégation, ceux de la Congrégation pour le Clergé et ceux de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.

[8] Selon les statistiques dont nous disposons, de 2008 à 2013, il y a eu 39 désignations de Commissaires.

[9] De 2008 à 2013, 132 Visites apostoliques ont été décidées pour les Instituts de vie apostolique.

[10] Actuellement, nous sommes en train d’enquêter au sujet du comportement d’une quinzaine de fondateurs.

[11] La lettre circulaire « Lignes d’orientation pour la gestion des biens » ecclésiastiques par les consacrés, comme le Symposium que le Dicastère a organisé à ce sujet en mars dernier, et qui a reçu un accueil et une participation enthousiastes, se veulent être une aide pour une gestion adéquate des biens que les Instituts possèdent. Nous sommes en train de recueillir des suggestion pour élaborer une Instruction à ce sujet.

[12] De 2008 à 2013, 20 Instituts religieux (3 masculins et 17 féminins, dont 3 en Afrique, 7 en Amérique, 3 en Asie et 7 en Europe) ont été érigés par notre Dicastère, ainsi que 4 Sociétés de vie apostolique (2 masculins et 2 féminins, dont 3 en Amérique et 1 en Europe), 3 Instituts séculiers (tous les 3 féminins). A ces données, il faut encore ajouter le fait que notre Dicastère a donné des avis favorables aux Evêques concernés ou à travers la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples en vue de l’érection d’Associations publiques en Instituts de droit diocésain.